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29/10/2006

Les croix de la route Ronde et d'ailleurs

Après la croix du Grand Veneur, voilà que la croix de Vitry vient d’être installée au centre du carrefour (bifurcation entre la N6 et la D138), réaménagé en rond-point.

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Ces aménagements visent à réduire le caractère accidentogène de la route Ronde, la création de giratoires à terre-pleins centraux étant destinée à faire ralentir les conducteurs. On notera que si la croix du Grand Veneur se trouvait bien autrefois au milieu du carrefour, il ne semble pas que cela ait jamais été le cas de celle de Vitry (voir album photos Routes et carrefours)

 

Dans les années 1920-1930, les croix de la route Ronde, qui relevait alors des Eaux et Forêts, étaient déjà un enjeu de sécurité routière. Les accidents se multiplient et les collisions avec les croix ne sont pas rares. Ainsi, la croix de Montmorin (aujourd’hui disparue) est renversée et brisée par un camion automobile dans la nuit du 20 au 21 décembre 1919. On envisage de la réédifier lorsque le socle de grès, qui avait résisté à l'accident, est détruit par un autre véhicule en mars 1920. L'Association des amis de la forêt de Fontainebleau ouvre en 1921 une souscription pour sa restauration, qu'elle interrompt lorsqu'elle comprend que l'administration forestière en accepte le principe mais refuse de voir la croix réinstallée au milieu du carrefour[1]. Le conservateur des Eaux et forêts va même plus loin, puisqu’il donne, le 27 octobre 1921, un avis favorable au déplacement des croix du Grand Veneur, de Saint-Hérem, et d'Augas mais il se heurte à l’opposition de la Commission des sites. Un accident le 15 mars 1925 à la Croix du Grand Veneur, pourtant signalée par des panneaux "Croix, tenir la droite", d'environ 0,80 sur 0,60 m, remet la question à l’ordre du jour. L’opinion semble pourtant hostile au déplacement des croix comme le met en évidence une enquête faite en juillet 1925 par l'Informateur de Fontainebleau auprès de tous les groupements artistiques et touristiques de la région. Les croix sont perçues comme des refuges pour les piétons tentant de traverser les dimanche et jours fériés, et comme un signal anti-collision pour les véhicules au moment d'aborder le carrefour. Un nouvel accident dans la nuit du 15 au 16 août 1926 à la croix du Grand Veneur conduit l'administration des Eaux et forêts à informer de sa volonté de réinstaller la croix en dehors de la route nationale. Mais elle doit s’incliner devant une délibération du Conseil général, le 27 septembre 1926, laquelle maintient les croix pour mieux prévenir les accidents car elles obligent à ralentir la vitesse[2]. La décision bénéficie du soutien de la Fédération des automobiles club de France, mais pas de celui du Touring-club de France ni du Syndicat d'initiative.

 

En novembre 1935, le conservateur des Eaux et forêts reçoit l'aval de sa hiérarchie pour déplacer la Croix de Souvray, suite à un accident qui s’y est déroulé au début de l’année et sur la demande de l'Automobile-Club de l'Ile-de-France, le syndicat d'initiative et les AFF[3]. Mais l’administration forestière, peut-être échaudée, n’a plus la volonté de mener une politique systématique. Elle ne donne pas suite, en 1937, la suggestion de l'Automobile-club de France de déplacer la Table du Grand maître et y fait une réponse très prudente, expliquant que le déplacement ne doit s'envisager qu'avec beaucoup de circonspection "car de nombreux souvenirs s'attachent aux monuments de la forêt"[4]. La Table sera déplacée lors de sa restauration en 1950 sur suggestion émise par le Touring club de France dès 1942 (signalant l'état de la table détruite par un véhicule allemand en 1940 et dont les débris restèrent éparpillés sur et aux alentours du carrefour durant dix ans)[5].

 

Dans les années 1960-1970, la multiplication des accidents et la mise en chantier de nouveaux aménagements routiers se conjuguent pour aboutir au déplacement des croix d’Augas, de Guise, du Grand Veneur et du Grand-maître. Dans le même temps, leur caractère patrimonial est reconnu, suite à l’action vigoureuse du sénateur de Seine-et-Marne, M. Dailly, qui s’appuie sur l’expertise de l’ l'ingénieur principal des Eaux et forêts à Fontainebleau, Gérard Mouton[6]. Leur action aboutit à la désignation, pour chacune des croix de la forêt, de l’administration qui en a la charge (Le ministre des Travaux publics précise, le 26 janvier 1960, que les croix du Grand maître, de Toulouse et de Saint-Hérem relèvent du département, la croix de Franchard de la commune de Fontainebleau, celle d’Augas du ministère des travaux publics, les croix de Guise, Souvray, Grand Veneur, Vitry, Calvaire et Belle-Croix des Eaux et forêts) et à la mise sur pied d’un plan de restauration.

 

 

 

 

 



[1] AD 77, 3344 W 251. En mai 1925, le marquis de Matherel propose encore la restauration de la croix mais essuie un refus poli de l'administration forestière, qui veut bien cependant lui en céder les débris.

[2] AD 77, 3344 W 245.

[3] AD 77, 3344 W 251, dossier Croix de Souvray.

[4] AD 77, 3344 W 245. Dossier Table du Roi

[5] Idem.

[6] AD 77, 3344 W 251, dossier remise des Croix aux Ponts-et-chaussées. Rapports de l'ingénieur Mouton des 6 avril et 8 décembre 1959.