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19/02/2006

La politique de l'ONF

En 1904, le nouvel aménagement est, d'après l'administration forestière[1], conçu tout entier pour traiter la forêt "d'après des vues esthétiques". Il distingue une série artistique, 5 séries jardinées formant ceinture autour de la ville et englobant les sites les plus fréquentées par les touristes, dans lesquelles les interventions ne peuvent être que légères, puis une zone concentrique de 9 séries feuillues où les interventions  ne sont "jamais accentuées", enfin 6 séries "périmétrales", constituées de futaies résineuses ou de taillis sous futaies.

Ce parti-pris n'empêche pas en 1913-1914 la mise en cause dans la presse de l'administration forestière et une pétition pour l'extension des réserves[2]. C'est peut-être suite à cela qu'est instituée la commission consultative des réserves artistiques dans les forêts domaniales (décrets des 19 juillet et 11 novembre 1913) qui doit donner son avis à la demande du ministère de l'Agriculture sur la création ou l'extension des séries artistiques dans les forêts domaniales et sur les exploitations à pratiquer dans les séries[3].

 

En 1945, apparaît, outre la notion de réserves artistiques, celle de réserves biologiques comme le manifeste la création d'une commission consultatives des réserves biologiques et artistiques. Les réserves biologiques ne se concrétisent sur le terrain qu'en 1953 : la série artistique de 1692 ha se transforme en 600 ha de réserves biologiques et 1100 ha de réserves artistiques[4]. Parallèlement, l'administration forestière met en chantier une réflexion sur un nouveau plan d'aménagement, mais les deux premiers projets, en 1948 et 1958, ne sont pas approuvés[5].

 

L'année 1967 semble marquer en rupture qui ne peut pas ne pas être en lien avec le classement de la forêt en 1965 et la création de l'ONF en 1966, le tout concourrant (paradoxalement en ce qui concerne le classement) à laisser les mains plus libres à l'administration forestière[6], vraisemblablement convaincue, à l'instar de l'ingénieur des eaux et forêts en poste à Fontainebleau, que le malthusianisme de la politique menée depuis le Second Empire sous la pression de l'opinion a abouti à une dégradation général des peuplements[7].  Dans le même registre et à l'occasion d'une demande d'un particulier s'inquiétant du sort des vieux chênes des Ventes à la Reine, l'ABF explique que le service des Eaux et forêts s'élève contre la fausse politique qui consiste à garder les arbres aussi longtemps qu'ils tiennent debout. Stériles, ils empêchent le renouvellement et la croissance des jeunes plants, favorisant à terme la disparition de la forêt au profit de la lande[8]. Bref, en 1967, les réserves artistiques sont supprimées et les réserves biologiques perdent 50 ha. Le nouveau plan d'aménagement de 1972 les ramène à 416 ha. Commence alors une vigoureuse politique de régénération (coupes rases, engrillagements à grande échelle) mal expliquée et mal perçue, selon les propos mêmes de l'ONF en 1998 à l'AG de l'association des amis de la forêt de Fontainebleau[9]. D'après l'ONF : "En 1968, un nouvel inventaire fait apparaître que plus du tiers de la forêt a une durée de survie limitée à 30 ans, de ce fait, l'aménagement de 1970 prévoit le rajeunissement de 7120 ha en 30 ans, surface abaissée à 6260 ha dès 1972 sous la pression des associations de protection de la nature, et à 4800 ha en 1985"[10].


La pression des associations aboutit, sur proposition –semble-t-il- de l'Association des Amis de la forêt de Fontainebleau[11] et de son président, Paul Delouvrier, ancien préfet de la région parisienne, à la mise en place en 1990 d'une commission présidée par le Professeur Jean Dorst, directeur du Muséum d'Histoire Naturelle. De nouvelles études sont alors lancées pour élaborer un nouveau plan de gestion en application des recommandations de la "Commission Dorst"[12]. Il s'agit là d'un tournant qui se concrétise dans le plan de gestion 1996-2015, qui ne sera cependant validé que fort tardivement par les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement (en 2004 !)[13]. Ce plan de gestion assigne à la gestion forestière deux objectifs prioritaires : l'accueil du public et la préservation du patrimoine culturel et biologique. Il distingue trois types de zones :  les zones de fréquentation privilégiée (3500 ha), les sites biologiques remarquables (3000 ha dont environ 1300 en réserves biologiques dirigées et le reste en séries d'intérêt écologique particulier), les réserves biologiques intégrales (580 ha). Au rang des lignes directrices et des modalités pratiques (traitement en futaie mélangée, maintien des éléments remarquables, allongement de l'âge des peuplements, préservation des paysages..), on trouve le partenariat avec les collectivités locales, les scientifiques et les usagers[14].

 

L'ONF pense sans doute inaugurer une nouvelle ère, plus apaisée, comme en témoigne la publication sous son égide des  Lettres de la forêt, en 1998[15]. Cet abécédaire photographique, réalisé par deux des ses ingénieurs en association avec une photographe reconnue,  visait à présenter de façon attractive les principes et les modalités d'une gestion sylvicole présentée comme soucieuse du patrimoine que représente la forêt de Fontainebleau et des diverses attentes sociales qu'elle suscite.

 

Trop tard ! L'ONF trouve certes quelques interlocuteurs soucieux de "jouer le jeu" (c'est le cas notamment de l'Association des amis de la forêt de Fontainebleau) mais sa légitimité est de plus en plus contestée. La place de l'ONF dans le système de gestion de la forêt constitue l'un des enjeux principaux du débat qui s'ouvre alors pour une dizaine d'années, lequel porte sur le statut à donner à la forêt de Fontainebleau pour assurer au mieux sa protection.

Voir aussi un résumé de l'histoire de l'aménagement de la forêt, tel qu'établi par l'ONF : histoire-foret_onf.pdf



[1] CAC 1991 0295, 18. Rapport de M. Geneau, conservateur des eaux et forêts en charge de la première conservation, vers 1913-1914. Date à vérifier.

[2] Noter la concommitance avec la création de l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing (ANVL) le 20 juin 1913

[3] CAC 1980 0400, 16.

[4] Historique rapide d'après Voix de la forêt, 1998, n°2.

[5] Lettres de la forêt, 1998. Article aménagement.

[6] L'administration forestière ne se rallie au classement qu'après avoir obtenu l'assurance formelle qu'il sera sans incidence sur la gestion forestière. Voir échange de courrier entre les ministres de l'Agriculture et des affaires culturelles, AD 77, 3344 W 245, août 1962-mars 1965.

[7] AD 77, 3344 W 245, rapport de l'ingénieur des eaux et forêts au conservateur à Paris, au sujet du projet de classement de la forêt, sans date [début 1963].

[8] AD 77, 3344 W 245. Lettre du 16 septembre 1964.

[9] Voix de la forêt, 1998, n°1.

[10] http://www.onf.fr/fontainebleau/histo.htm

[11] Le Monde, 2 novembre 1989. Artcile de Paul Delouvrier.

[12] Idem

[13] Voix de la forêt, 2004, n°2.

[14] Lettres de la forêt, 1998. Artcile Aménagement.

[15] Lettres de la forêt / Textes de Michel Hermeline et Geneviève Rey ; photographies d'Anne Testut.- Paris : éd. Textuel, 1998.